Ce soir-là, il était presque dix-neuf heures. Le magasin était calme. On n’entendait que le bourdonnement des néons et le…
Je travaille depuis onze ans dans un supermarché de province, dans une ville où les gens ont appris à faire leurs comptes avant même d’arriver à la caisse. On distingue tout de suite ceux qui hésitent par habitude de ceux qui hésitent parce qu’ils ne savent vraiment plus à quoi renoncer. Je rangeais le rayon hygiène quand je l’ai remarqué.
Un homme âgé, maigre, un peu voûté, vêtu d’un manteau vieux mais propre, usé aux poignets. Il devait avoir soixante-dix-huit, peut-être quatre-vingts ans. Il se tenait devant le rayon des produits de soins, immobile, comme quelqu’un qui a honte ne serait-ce que de regarder.
Il a pris un paquet de protections pour adultes. Il a regardé le prix. Puis une crème contre les irritations. Ensuite, une boîte d’analgésiques.
À chaque fois, il répétait le même geste : il regardait l’étiquette, ouvrait son portefeuille, comptait, puis reposait l’article. Ce n’était pas de l’indécision. C’était de la lassitude. Au début, je l’ai laissé tranquille. Les gens n’aiment pas se sentir observés dans ces moments-là. Moi non plus, d’ailleurs.
Mais je l’ai vu sortir ses pièces une seconde fois. Et là, j’ai remarqué ses mains. De grandes mains, abîmées par le travail, aux articulations gonflées. Des mains qui, toute leur vie, avaient serré, soulevé, réparé, vissé. Et qui, à présent, tremblaient devant une crème à quelques euros. Finalement, il a tout reposé. Des couches. De la crème. Des médicaments. Dans son panier, il n’avait laissé qu’une demi-miche de pain, un litre de lait et un paquet de biscottes.
Je ne sais pas pourquoi, mais je me suis approché. « Puis-je vous aider, monsieur ? » Il a presque sursauté, comme s’il se sentait pris en faute. « Non,







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