travers, et les saladiers raclés jusqu’à la dernière miette.
Je n’avais jamais envoyé ces pages, parce que je ne voulais pas que mes enfants lisent leur enfance comme un procès.
Je voulais qu’ils gardent leurs souvenirs de gâteaux, de saladiers raclés, et de tables pleines, sans y ajouter mes nuits blanches.
Je compris, en les relisant, que ce choix m’avait protégée, mais qu’il m’avait aussi rendue silencieuse.
⁂
Je pris alors le mot de départ de Paul, plié avec soin, et je le dépliai comme on ouvre une porte qu’on a longtemps évitée.
Il écrivait qu’il avait besoin de se retrouver, et qu’il partait pour un temps, sans préciser quand il reviendrait.
Il écrivait qu’il espérait que je comprendrais, et qu’il me laissait la maison avec les enfants.
Je relus ces lignes deux fois, parce qu’elles disaient exactement ce que j’avais vécu, sans détour.
Il n’écrivait pas que j’avais choisi la






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